Nicolas Machiavel, Discorsi, 1520 (1re édition 1532) ; trad. La comparaison est flatteuse ; elle rappelle les disputes sur la prééminence des lettres ou des armes extrêmement répandues aux xvie et xvie siècles22. Le récit de Vasari n’en témoigne pas moins d’une réaction à l’image dont on trouve quantité d’exemples au cours des siècles11. 4, p. 349-350 ]. ; Giovanni Battista Armenini, De’ veri precetti della pittura, Ravenne, Francesco Tebaldini, 1586. Delle grandi & forti muraglie de Troiani, che n’è stato ? OpenEdition est un portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales. Ce constat amène Vasari à proposer un modèle biologique pour rendre compte du développement des arts. I, p. 217. Une base de données contenant des dizaines de milliers de fiches sur des spectacles, des œuvres, des personnes et des organismes (théâtres, compagnies, festivals…). cit., f° 57r : « Vna massa di terra molto grande, quasi che la tocchi con la cima l’aria ; & in questa terra vi sia disegnato per tutto cose uarie, bizzare, & strauaganti : ma che non si possi discernere che cosa particolare le sieno ; Vn Sole darà da vna parte di questa macchina di terra ; & l’ombra che produrrà talmente farà vn’ombra di Huomo in figura d’Huomo in terra disteso, ma piccola cosa, & questo per hora sia il fine delle pitture, per che ogni cosa si chiude con la Morte. Voir l’introduction de Jacqueline Bisconsin à la « Vie de Morto da Feltre » dans l’édition Chastel, vol. La macchina di si gran torre di Babello per salire in cielo doue è ella ita ? Dans son ouvrage intitulé les Pitture publié en 1564 à Padoue31, le trattatiste consacre un essai à « La Peinture de l’homme » dans lequel il pourfend la gloire posthume : « Infini est le nombre des sots qui, en ce siècle, croient survivre après la mort, et remédier d’un saut léger à la chute des corps. française, Discours sur la première décade de Tite-Live, Paris, Berger-Levrault, Paris, 1980, p. 170. Cette opinion sent toutefois le soufre. Ces propos rejoignent les méditations des savants et des humanistes sur la destruction de la mémoire : Léonard de Vinci et Machiavel utilisent des arguments similaires pour expliquer l’engloutissement des choses du passé35. Noté /5. Essai sur les figures de la mort omniprésent Cités, architectures, monuments, sculptures sont pulvérisés par les millénaires. 5 G. Vasari, Vite, 1568, éd. Le peintre Sebastiano del Piombo aurait affirmé qu’il « n’était pas moins sage de rechercher une vie paisible que de s’épuiser pour transmettre son nom après sa mort puisque tous ces efforts et toutes ces œuvres sont eux aussi, quoi qu’il arrive, voués à la disparition et à la mort30 ». L’historiographe exhume ce soldat inconnu pour le donner en exemple aux artistes vivants : aux méconnus, aux paresseux, aux velléitaires, l’histoire de Morto prouve que le pouvoir du trattatiste égale celui de l’humaniste face au soldat. 3Avec la biographie de Francia, Vasari franchit un cap décisif en substituant l’excellence à l’excès : alors que les premiers Maniéristes s’épuisent à la tâche, Fivizzano succombe à son propre génie en réalisant une œuvre parfaite. 5Grâce à la légende de Fivizzano, Vasari prend sa revanche sur une ennemie déclarée de l’art. Fabio, en prêchant la gloire posthume, revendique une revalorisation de la condition de l’artiste. 2, p. 785 : « Morteha morto non me, che il morto sono / ma il corpo ; che morirfama permorte / non può. L. Venturi, Storia della critica d’arte (1re édition en anglais, New York, 1936), édition utilisée, Turin, Einaudi, 1964, p. 117. La mort s’anime et le peintre pâlit, comme si l’œuvre « vivante … authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books. Désormais, les humanistes sont en mesure de décider qui deviendra éternel grâce à leur plume23. Et ils font écrire leurs actions, d’après eux admirables, comme prendre d’assaut provinces et villes, lire en chaire, peindre sur les murs, sculpter en marbre avec un Faciebat : un opus, un fvit, un erat, un pater patrie, et autres suaves délires qui leur embrouillent l’esprit ; et ainsi leurs gestes, selon eux merveilleux, restent dans la mémoire séculaire des générations, et ils commettent un mensonge fatal devant la véritable immortalité [...] Que voulez-vous que fasse un tas d’os enterrés sous la terre, déchiquetés, putrides et pourris, de la gloire de vos faits, selon vous, illustres32? 12 G. Vasari, Vite, 1568, éd. Que reste-t-il des grandes et puissantes murailles de Troie ? [...] Certains pensent qu’il mourut de douleur et de mélancolie d’avoir contemplé trop fixement la peinture tellement vivante de Raphaël, comme il advint à Fivizzano lorsqu’il contempla sa belle Mort, à propos de laquelle on a écrit cette épigramme : Un peintre divin m’a conçue dans son esprit conforme à la vérité. 13 Marcantonio Michiel, Notizia d’opere di disegno nella primà metà del secolo xvi, sous la direction de Jacopo Morelli, Bassano, Jacopo Morelli, 1800, p. 211. Citons par exemple Botticelli ou Titien. Debord est notamment le réalisateur du film Hurlements en … En 1548, le théoricien vénitien Paolo Pino publie son Dialogo di pittura dans lequel deux peintres, Fabio et Lauro, disputent de leur art. Le statut de l’artiste à la Renaissance s’accommode mal de l’immortalité, surtout si elle est conférée par des textes16. L. Bellosi et A. Rossi, vol. Comme un corps humain, écrit-il dans sa Préface aux Vies, l’art comporte naissance, croissance, vieillissement, et mort. V, p. 654 [trad. 12On raconte que Michel-Ange, pour marquer son admiration inconditionnelle devant une médaille exécutée par Alessandro Cesari, s’exclama que la mort de l’art était venue25. La présence tutélaire du chef militaire autorise la migration de la gloire posthume vers la scène artistique. 2, p. 837 : « Videbat Ivppiter corpora scvlpta pictaqve / Spirare, et aedes mortalivm aeqvarier coelo / Ivlii virtvte Romani. ; Anne Carol, Isabelle Renaudet (dir. Il en existe également de récents sur les formes de création, voir entre autres : Sylvia Girel, Fabienne Soldini (dir. 4Dans la littérature artistique de la Renaissance, la légende de la Belle Mort revêt un caractère exceptionnel. Comme la mort, l’art frappe le créateur et devient le tombeau de l’artiste. Collection Connaissance de l'Inconscient, Gallimard Parution : 24-03-1977. Achetez neuf ou d'occasion Comment montrer la mort en peinture ? Filippo Baldinucci, Notizie de’ professori del disegno da Cimabue in qua, Florence, Tartini e Franchi, 1728, p. 157 (l’ouvrage est rédigé avant 1696). -4- Cercle de Réflexion Universitaire du lycée Chateaubriand de Rennes bande non moins nécessaire que l'autre[8]. La mort de l’art peut se comprendre avec le dépassement interne de l’art romantique. Quant aux tableaux funestes — la Sainte Cécile et son pendant la Belle Mort — leur contemplation est létale pour qui jalouse la perfection ou en mésestime la puissance. Cosi va camminando il mondo, per le mani de gli huomini mortali, che mortali cose producono insin à tanto che l’oblio di prima, inanzi che fosse l’huomo, abbraccia l’oblio dipoi, che egli è stato. Quels liens l’art et la mort entretiennent-ils à la Renaissance ? La mort s'anime et le peintre pâlit, comme si l'oeuvre «vivante» se nourrissait de l'artiste jusqu'à l'exténuer. Merci, nous transmettrons rapidement votre demande à votre bibliothèque. Ce site explore donc le thème de la Mort dans l'art, à partir d'oeuvres où celle-ci se retrouve incarnée. ». La méditation y prend la forme d’un prélude lyrique dans lequel La Fontaine renouvelle le thème de la mort par la liberté rythmique et par la grâce légère du style et de la pensée. Le Cinquecento ayant atteint la perfection, l’historiographe prévoyait-il la mort de l’art ? Désormais, il ne peindra plus une œuvre sans la signer, s’ouvrant ainsi les portes de l’immortalité. Par auteurs, Par personnes citées, Par mots clés, Par dossiers. Vérifiez si votre institution a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books. Le glissement opéré dans le texte, de la réception d’une œuvre capable d’anéantir le spectateur au processus de production, indique que l’art peut conduire l’artiste à la mort. Cette idée trouve un écho affaibli dans de nombreuses biographies où la disparition de l’artiste est associée à une activité artistique excessive. L'art est mort depuis longtemps, comme en témoigne la disparition du terme beaux-arts, remplacé par celui d'esthétique, qui est la science des intensités. Il dépeint la condition de l’homme sous la forme d’un gigantesque appareil en terre produisant une ombre humaine minuscule. Milanesi, vol. La rédaction des Vite coïncide avec le moment où les lettrés découvrent qu’ils peuvent faire et défaire les réputations des hommes de guerre. Elles sont là depuis toujours et, en même temps, elles ont depuis toujours disparu : elles surgissent d'au-delà de notre propre mort. À la surface du tableau, se superposant au portrait allégorique de la Mort en Peinture ou de la Peinture en Mort, se profile la silhouette pétrifiante de Méduse comme horizon définitif de la peinture. 18 mai 2019 Studinano Laisser un commentaire. Son trépas sert la cause de la peinture en marquant l’avènement d’un art capable de donner vie à la mort et venge les artistes des offenses du destin. Ils regrettent que l’œuvre en cours reste inachevée, ou pire que l’artiste n’ait pu atteindre l’excellence malgré d’indiscutables dispositions. 29 Idem, ibidem, 1550, éd. Depuis le Quattrocento, des trattatistes comme l’Anonyme Magliabechiano, Paolo Pino, ou Raffaello Borghini ne cessent de déplorer la mort précoce des artistes. OpenEdition est un portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales. 37 Toutes les légendes concernant l’invention de la peinture font mention de la circonscription d’une ombre humaine. Mes œuvres vivent pour escorter les vivants à qui, moi vivant, je les abandonne à présent19. Or, la précarité des objets matériels fonctionne comme un memento mori : elle rappelle à la conscience de la finitude humaine. Mises à part les biographies de Vasari, aucune trace ne subsiste du peintre Morto da Feltre dans la littérature artistique du xvie siècle. Lauro renâcle, puis se laisse convaincre : « Je jure devant Dieu que si vous vouliez me persuader de devenir luthérien (que Dieu nous préserve d’une telle folie !) » L’anecdote est reprise dans l’édition de 1568 [trad. Chastel., vol. De l'art à la mort. Milanesi, vol. française sous la direction d’André Chastel, Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, Paris, Berger-Levrault, 1981-1987, vol. 1, p. 43]. ; édition utilisée. 22 Frédérique Verrier, Les Armes de Minerve. La formule de l’auteur est éclairante L’amplification des thèmes véhiculés par la théorie de l’art s’accompagne du retour de l’allégorie qui affecte la structure même du récit, et lui confère un caractère emblématique. 6 Cette question cruciale a été essentiellement abordée par le biais de la psychanalyse. Chicago University of Chicago, 1989 ; trad. 1 Giorgio Vasari, Le Vite de più eccelenti pittori scultori ed archittetori, Florence, Giunti, 1568, 3 vol. Adresse : 15 rue Malebranche 75005 Paris France. Extrait de "L'art et la vie" paru au Temps des Cerises. Achetez neuf ou d'occasion. II, p. 845 : « E che non era men prudenza cercare di viver quieto, che vivere con le fatiche in quieto, per lasciare di se nome dopo la morte ; dopo la quale hanno anco quelle fatiche, e l’opere tutte ad havere, quando che sia, fine, e morte. », 33 Idem, ibidem, f° 56v-57r : « Andate à riguardare i gran palagi di smisurate pietre, fabbricati per farsi eterni ; tutti il martello del Secolo, con la mano del Tempo ha fatti equali alla terra piana. Le rassemblement des textes a permis de dégager les enjeux théoriques de la figure de la mort, de détecter les types figuratifs prônés par les théoriciens, et de repérer les œuvres les plus célébrées ... Quels liens l’art et la mort entretiennent-ils à la Renaissance ? L’art grec manifeste la vie spirituelle du peuple grec. L’art et la mort infos Critiques (0) Citations (5) Forum Ajouter à mes livres. Cette association apparaissait déjà dans la fable de la Belle Mort ou dans la biographie de Raphaël. La mort pour Montaigne est dans et/ou hors la vie. 7, p. 291]. Rien n’assure pourtant qu’elle ait été généralisée à la totalité des productions artistiques. 27 G. Vasari, Vite, 1550, éd. J’ai traité cette question dans « Problématiques du Portrait », Revue Trois, vol. Tvnc iratvs, / Concilio divorvm omnivm vocato, / Illvm e terris svstvlit, qvod pati neqviret / Vinci avt aeqvari ab homine terragina (...) », 15 Paolo Pino, Dialogo di pittura, Venise, Paolo Gherardo, 1548, f° 23v : « Giuro à dio, che se voi mi persuadesti à divenir luterano ( ch’Iddio ci scampi di tal frenesia ) vi faccio fede, che mi vincereste, tanto le ragioni vostre sono appresso di me penetrabili, & promettovi per la vita mia, che non più uscira opera di mia mano senza il suo bolettino, burli chi vuole. 15Doni emprunte ses exemples aux époques les plus reculées de l’histoire afin de démontrer qu’aucun art ne résiste au passage du temps. Quels liens l’art et la mort entretiennent-ils à la Renaissance ? En 1550, Vasari note qu’on grava sur le tombeau de Giulio Romano l’épigramme suivante : « Jupiter voyait les formes sculptées et peintes / palpitantes de vie, et les demeures des mortels égales au ciel / grâce au talent de Giulio Romano. », 35 Léonard, Codex Leicester 31r ; traduction française, Louise Servicen, Les Carnets de Léonard de Vinci, Paris, Gallimard, 1942 ; édition utilisée, Paris, Gallimard, 1994, vol. L’art macabre, ajoute-t-il encore, est animé par un « esprit matérialiste » (expression empruntée ici à Johan Huizinga) ou une inspiration païenne (autre emprunt, à Louis Seguin). ». L’identité du peintre reste une énigme. C - 13013 Marseille FranceVous pouvez également nous indiquer à l'aide du formulaire suivant les coordonnées de votre institution ou de votre bibliothèque afin que nous les contactions pour leur suggérer l’achat de ce livre. Afin d’apporter quelques éléments de réponse, l’auteur s’est appuyé sur la littérature artistique des xve et xvie siècles. / Moi la Mort, je suis donc vivante ; je ne suis pas une image morte de la Mort / Si j’accomplis l’office qu’accomplit la mort1. On en doute puisque qu’il laisse le soin à ses successeurs d’écrire les vies des artistes du quatrième âge27. Alors que Doni exploite la précarité de l’art pour dénoncer la fatuité de l’homme, et considère l’oubli comme une fatalité irréversible, trattatistes et artistes ne se résignent pas. 11Grâce à Vasari, Morto va connaître une célébrité éternelle. Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search. 6, p. 221. ; édition utilisée, Gaetano Milanesi, Le opere di Giorgio Vasari, Florence, Sansoni, 1906, vol. » Ensuite, le choix du peintre de s’enrôler dans les troupes vénitiennes pour trouver une renommée plus grande que celle octroyée par la peinture fournit à Vasari l’occasion de méditer sur la gloire posthume : « Mais sa gloire ne s’éteindra jamais : parce que ceux qui font des œuvres éternelles en exerçant les arts manuels, et transmettent leur mémoire après la mort ne peuvent jamais, à aucun moment, éprouver l’inanité de leurs efforts. D’abord, le peintre est bien nommé : Morto — « Mort » en italien — porte la mort dans son nom depuis toujours. Un soleil frappera cet appareil en terre ; et l’ombre intense qu’il produira formera une ombre humaine sous l’aspect d’un homme étendu à terre, mais minuscule, et que ceci soit maintenant la fin des peintures, parce que toute chose se termine par la Mort38. ‎Quels liens l’art et la mort entretiennent-ils à la Renaissance ? La mort, la beauté, l'art et la vie. Sur le grand tumulus de la condition humaine, seules des traces indéchiffrables demeurent. En agissant ainsi, ils conféreraient âme et vie à eux-mêmes, et aux œuvres qu’ils laissent après leur mort20. Par auteurs, Par personnes citées, Par mots clés, Par dossiers. A Study in Humanist Tradition, New Haven and London, Yale Publications in the History of Art, 1981. Devenu capitaine d’une compagnie de deux cents soldats, Morto meurt au combat. I, p. 101 [trad. Les efforts de Paolo Pino et Giorgio Vasari n’auront pas été vains : à la fin du xvie siècle, l’immortalité de l’artiste est professée par des auteurs comme Raffaello Borghini ou Giovanni Battista Armenini24. 16Le trattatiste florentin conclut ses propos sur une image insolite. L'art, confrontant sans repit la mort, delivre enfin l'Homme de sa faiblesse, de sa fragilite, de son impuissance, de ses douleurs. À l’instar de Fivizzano, le rival de Raphaël meurt d’avoir regardé trop fixement la Sainte Cécile tandis que les œuvres accèdent au statut d’image « vivante »3. Son trépas révèle qu’il est un nouveau Pygmalion sacrifié sur l’autel de la peinture : se substituant à l’intervention divine dans la fable du sculpteur amoureux, l’art anime la Belle Mort et précipite l’artiste en martyr. Egon Schiele ou l’art de la mort. Et fanno notare i lor fatti che chiamano egregij ; come sono espugnar prouincie, & Città, leggere in cathedre, pingere in mûri, scolpire in marmi, con vn faciebat : vn’ OPVS : vn’ FVIT, vn’ ERAT vn’ PATER Patrie, & altri farnetichi dolci da infrascar si il ceruello : & cosi questi lor fatti al detto loro mirabili, restano nella caduca memoria delle generationi viue, & hanno questa bugia mortale ; per la vera immortalità (...) Che volete che faccino vn sacco d’ossa secche sepolte sotto terra ; lacere, marcie, & guaste, di questa fama de fatti illustri, detti cosi da voi ? Anton Francesco Doni professe-t-il la mort de l’art, ou reconnaît-il la futilité de ses propres Peintures, il s’interrompt brusquement comme si la Mort, surgissant au sein même du texte, venait mettre un terme définitif aux mots et aux images : « Et ici je te dépeins l’Homme dont je par le, qui meurt et retourne en terre. Dans les biographies, les lettres, les traités, dont les auteurs sont souvent des artistes (Alberti, Vasari, Lomazzo…) mais aussi des lettrés (Doni, L’Arétin, Dolce…), l’auteur montre l’ambivalence que suscite la représentation du trépas. Afin d’apporter quelques éléments de réponse, l’auteur s’est appuyé sur la littérature artistique des xve et xvie siècles. Milanesi, vol. 19 G. Vasari, Vite, 1550, éd. Il suffit de mentionner la vie de Domenico Beccafumi, mort de s’être adonné nuit et jour à la sculpture4ou celle de Jacopo Pontormo, éreinté par l’exécution des fresques du chœur de San Lorenzo5. La plupart des religions présentent des hypothèses : une possible vie après la mort, l’Enfer, le Paradis ou l’éventualité d’une réincarnation. Même Vasari hésite à défendre la thèse soutenue par Paolo Pino. Visiblement, Vasari accommode les matériaux historiques dans un but démonstratif : prouver que les « arts manuels » l’emportent sur les faits militaires dans la conquête de l’immortalité. Ce matin avec deux historiennes nous parlons de l'évolution de notre sensibilité à la mort et aux morts mais aussi du rapport entre l'art et la mort. Même s’il faut attendre le xviiie siècle pour voir se dessiner la silhouette moderne de l’artiste, œuvres et textes font passer les hommes de l’art à la postérité dès le Cinquecento. Président(e) : Christine Détrez. Les fondations de la ville de Jérusalem ont-elles été retrouvées ? Ainsi va le monde entre les mains des hommes mortels qui produisent des choses mortelles, de telle sorte que l’oubli avant que l’homme soit rejoint l’oubli après que l’homme fut33. 14 G. Vasari, Le Vite de più eccelenti architetti, pittori et scultori italiani da Cimabue insino a nostri tempi, Florence, Torretino, 1550, 2 vol. … Milanesi, vol. Pendant que la disparition d’un talent en herbe nuit aux progrès de l’art, celle d’un artiste accompli a des conséquences autrement plus funestes. L’auteur omet la fable de Fivizzano, mais conserve le récit de la mort du peintre bolonais. / Puis sa main exercée s’est mise à l’œuvre, /Tandis qu’il fixait ses yeux sur l’œuvre achevée / Trop attentif, il pâlit et mourut. 3 Sur cette question, je renvoie à l’ouvrage capital de David Freedberg, The power of images, studies in the history and theory of response. cit. 25 La médaille était destinée au pape Paul III Farnèse. La ville a donné son nom à quelques citoyens illustres comme l’éditeur d’incunables Giacomo Fivizzano au xve siècle, ou l’érudit Giovanni Manzini da Fivizzano au xvie siècle. Une très grande masse de terre dont le sommet touche presque les airs ; et partout à sa surface des choses variées, bizarres et étranges seront dessinées sans qu’on puisse déterminer exactement ce qu’elles sont. L. Bellosi et A. Rossi, Turin, Einaudi, 1991, vol. Voir aussi Qu’est-ce qu’un portrait, Paris, L’Insolite, 2006. 30 Idem, ibidem, 1550, éd. Chastel, vol. Antonin Artaud. La première donne la mort comme une figure exemplaire des pouvoirs de la peinture ; la seconde, venant à l’appui de la première, souligne les formidables effets de la représentation du trépas sur le spectateur. Marcantonio Michiel rapporte dans une lettre d’avril 1520 que la mort envieuse interrompit son œuvre13. L'art et la mort. Nelle quali si mostra di nuova inventione : Amore, Fortuna, Tempo, Castità, Religione, Sdegno, Riforma, Morte, Sonno & Sogno, Huomo, Republica, & Magnanimità, Padoue, Gratioso Perchacino, 1564. Però molto deverebbono gli artefici nostri, spronar se stessi con la frequenza de gli studi, per venire a quel fine, che rimanesse ricordo di loro per opere, e per scritti : perche cio facendo darebbono anima e vita a loro, ed all’opere ch’essi lasciano dopo la morte. Choisir vos préférences en matière de cookies. Découvrez sur decitre.fr L'art et la mort - Réflexions sur les pouvoirs de la peinture à la Renaissance par Pascale Dubus - Éditeur CNRS - Librairie Decitre A. Chastel, « L’artista », L’Uomo del Rinascimento, sous la direction de Eugenio Garin, Bari, Laterza, 1988, p. 239-269. Immédiates, leur immédiateté est saisie comme dans une sorte d'éloignement définitif. La Mort, sous sa forme allégorique, est également le personnage d’une autre fable hors corpus intitulée « La Mort et le Mourant » (VIII, 1), plus ample et plus ouvertement philosophique. Non è colosso che duri, ne bronzo che stia saldo à si fatti colpi. Dressant l’histoire des productions artistiques des origines au xvie siècle, les trattatistes remarquent que la rigueur des siècles a causé périodiquement la ruine des arts. 9 Vincenzo Belando, Gli amorosi inganni (1609), Commedia dell’arte, sous la direction de S. Ferrone, Milan, Mursia, vol. Avec fièvre, Artaud évoque les thèmes de la Mort, de la castration (Abélard) et du suicide qui en composent l’essentiel et poursuivent l’idée d’une autre perspective du corps et de l’esprit. j’atteste que vous me convaincriez tant vos arguments sont pénétrants, et je vous promets que de ma vie, il ne sortira plus une œuvre de ma main sans son cartellino, raille qui veut15 ». Où est passé l’appareil de l’immense tour de Babel édifiée pour atteindre le ciel ? Le peintre succombe sans dommage puisque son tableau, parachevé avant sa mort, est d’une perfection insurpassable. 14Le blâme, en atteignant les artistes autant que les soldats et les savants, confirme que la postérité artistique continue à se frayer un chemin dans l’histoire des mentalités. 9Tant pis pour les quolibets ? 26 Lionello Venturi soutient que l’idée de décadence des arts est contenue dans les Vite. V, p. 385-386 [trad. Mort depuis toujours, Morto meurt enfin lors d’une escarmouche tandis que son œuvre délaissé lui assure l’immortalité. Voir Mort et création : de la pulsion de mort à l’expression, sous la direction de Béatrice Steiner et de Françoise Fritschy, Paris-Montréal, L’Harmattan, 1996 ou Michel Thévoz, L’Esthétique du suicide, Paris, Minuit, 2003. Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque/établissement d’acquérir un ou plusieurs livres publié(s) sur OpenEdition Books.N'hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées :OpenEdition - Service Freemiumaccess@openedition.org22 rue John Maynard Keynes Bat.

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